Interview à l’Agence vietnamienne d’information

1) Que pensez-vous des relations d’amitié et de coopération Vietnam-France de ces dernières années et de leurs perspectives dans l’avenir ?

A la veille de ma deuxième visite d’Etat à Hanoi, je voudrais souligner à quel point le Vietnam parle au cœur des Français. Nos pays ont des relations historiquement très étroites qu’il nous appartient aujourd’hui de rendre encore plus fécondes. Nos coopérations sont confiantes, denses et régulières pour ne pas dire naturelles. Depuis plus de dix ans, la République française soutient le Vietnam dans son effort d’intégration au sein de la communauté internationale et de son environnement régional. Elle continuera de le faire, qu’il s’agisse du dialogue du Vietnam avec l’Union Européenne ou de son adhésion à l’Organisation mondiale du commerce que nous souhaitons prochaine.

Au cours des douze derniers mois, nous avons échangé sept délégations de niveau ministériel. C’est une traduction concrète du succès de la visite à Paris du Président Tran Duc Luong en octobre 2002. Nos contacts au niveau des gouvernements se prolongent par de nombreuses visites parlementaires, six missions en 2003, et d’une exceptionnelle vitalité de la coopération entre nos communes, nos départements et nos régions. Soixante collectivités territoriales françaises interviennent, aujourd’hui, au Vietnam. La présence en France d’une communauté d’origine vietnamienne nombreuse apporte un irremplaçable souffle de dynamisme et de compréhension à notre relation. C’est dire la richesse et l’ampleur des relations humaines qui nous lient.

La France est soucieuse d’apporter son plein soutien aux réformes et au développement économique et social du Vietnam. Elle est aujourd’hui le principal partenaire occidental du Vietnam. Au cours des dix dernières années, nos échanges commerciaux ont été multipliés par trois et nos importations par quatre. Les entreprises françaises, grands groupes industriels ou petites et moyennes entreprises, sont confiantes dans l’avenir du pays et la poursuite de ses réformes, notamment dans le domaine de l’Etat de droit. Elles ont investi ici plus de 2,4 milliards d’euros. L’Etat appuie cette dynamique, faisant de la France le second bailleur de fonds bilatéral du Vietnam.

Le Vietnam est pour la France un partenaire privilégié du XXIème siècle. Je suis convaincu qu’il a le potentiel pour devenir une des grandes économies mondiales de demain. Ensemble, nous mettons en œuvre une stratégie lui permettant d’accéder plus facilement, par la France, au marché européen et au monde francophone et permettant à la France de compter sur le Vietnam pour s’ouvrir une porte sur l’Asie.

La France partage les aspirations du Vietnam. Partenaire de son développement, elle apporte tout son soutien aux politiques de développement urbain dans la région Centre, à Hanoi avec la construction du tramway et à Ho Chi MinhVille avec la modernisation de l’éclairage public. Consciente de l’enjeu que représente la formation de la jeunesse du Vietnam, la France a fait de l’éducation une priorité de sa politique de coopération. La France a la volonté de rester un pôle de référence pour la formation des élites vietnamiennes. Nous allons ainsi créer à Hanoi et Ho Chi Minh -Ville des pôles universitaires français au sein de l’université internationale du Vietnam.

Nous allons par ailleurs poursuivre notre effort pour accueillir en France les meilleurs étudiants. Notre conviction est que l’accès de la jeunesse du Vietnam à des formations scientifiques de qualité favorisera dans l’avenir le développement de notre coopération dans les secteurs de très haute technologie comme les satellites ou le nucléaire civil, où la France dispose tant sur les plans institutionnels qu’industriels de compétences mondialement reconnues./.

2) D’après vous, qu’est ce que le Vietnam et la France doivent faire pour valoriser leur rôle dans la promotion des relations Asie-Europe sur les plans politique, économique, culturel et de civilisation ?

Le travail réalisé en commun par le Vietnam et la France pour préparer ce Vème sommet des chefs d’Etat et de gouvernement Asie - Europe (ASEM) est un excellent exemple de ce que les deux pays peuvent faire ensemble pour surmonter les obstacles et donner de la substance à ce dialogue si nécessaire entre l’Asie et l’Europe.
Parce qu’ils ont su se parler et s’entendre pour surmonter le poids du passé, parce qu’ils sont l’exemple de la réconciliation, nos pays ont une légitimité particulière pour adresser au monde un message de paix, de coopération et de fraternité. Le dialogue des cultures et des civilisations n’est pas pour nos pays une abstraction, mais une réalité quotidienne.

Le Vietnam et la France partagent en effet un attachement inaltérable à leur identité, à leur culture, à leur patrimoine historique et notamment à la langue que nous avons en partage. Je me félicite à cet égard de l’attachement du Vietnam à la francophonie. Le renforcement des coopérations régionales au-delà même de l’Asie, en particulier les projets de développement dans le secteur de la santé que nous initions pour l’Afrique de l’Ouest, démontrent notre ouverture commune au monde./.

3) Puisque la France est un des pays porte-drapeau dans l’impulsion des échanges culturels Est-Ouest, pourriez-vous nous faire savoir les priorités de la France dans ce processus, en général, et dans les échanges culturels entre la France et le Vietnam, en particulier ?

La France est très attachée aux échanges culturels entre les continents et tout particulièrement entre l’Europe et l’Asie. C’est un processus d’enrichissement, de découverte mutuels mais également de tolérance à nos différences, dans le respect des valeurs universelles de la Déclaration des droits de l’homme. Dans ce cadre, nous avons lancé de nombreux programmes destinés à mettre en œuvre les richesses trop méconnues de nos partenaires. L’exposition à Paris en 2006 de la sculpture médiévale vietnamienne du Champa sera un moment tout à fait exceptionnel. Nous consacrerons des moyens significatifs sur les trois prochaines années à la valorisation du patrimoine des cinq principaux musées vietnamiens, à Hanoi, à Ho Chi Minh-Ville, à Danang et Dak Lak.

La promotion des échanges entre les artistes et les professionnels de la culture s’avère tout aussi importante. C’est pourquoi j’appelle de mes vœux l’intensification de ces relations. Il ne nous faut pas, dans ce contexte, laisser réduire les biens et les services culturels au rang de simples marchandises.
La préservation de la diversité culturelle est un enjeu crucial qui justifie un traitement particulier des biens et des services culturels au sein de l’Organisation Mondiale du Commerce. A ce titre, la France réaffirme le droit des États et gouvernements signataires de la déclaration de Beyrouth des Etats francophones de définir librement leur politique culturelle et les instruments qui y concourent.

Notre priorité est donc non seulement de soutenir le dialogue des cultures par la promotion des échanges artistiques, mais également de défendre la diversité culturelle. Nous sommes déterminés à faire aboutir ces positions au sein des divers forums internationaux et nous sommes heureux du travail accompli avec le Vietnam au sein de la francophonie et à l’UNESCO, pour faire aboutir le projet de Convention sur la diversité culturelle.
Pour ce qui est des échanges culturels entre la France et le Vietnam, ils participent d’une longue histoire de fascination réciproque. Ils concernent tous les domaines artistiques comme en témoigne depuis des années le succès du Festival de Hué qui bénéficie du soutien des régions Nord Pas-de-Calais et Poitou-Charentes. Le théâtre, la musique avec l’aide apportée à l’orchestre philharmonique de Hanoi, la danse, l’image avec l’école photographique d’Arles ou le programme de formation des techniciens du spectacle qui débutera en 2005 sont autant de projets qui nous animent.

L’ouverture, à l’automne 2003, de L’Espace - Centre culturel français de Hanoi, et la valorisation des ressources audiovisuelles et photographiques de l’Institut d’Echanges Culturels avec la France (IDECAF) à Ho Chi Minh - Ville, nous offrent un potentiel inédit de relations. Ils assurent aux actions de coopération une visibilité accrue, tant auprès du grand public que des publics spécialisés./.

4) De retour au Vietnam cette fois-ci, quel message voulez-vous adresser au peuple vietnamien ?

Tout d’abord, dire au peuple vietnamien le plaisir que j’ai à retrouver cette terre du Vietnam qui m’est chère et lui adresser mes vœux les plus amicaux. Lui réaffirmer ensuite ma volonté de continuer à faire du Vietnam une priorité pour la France, notamment en matière de coopération. Lui dire enfin ma conviction que si le Vietnam et la France entretiennent des relations si singulières, c’est qu’aux legs de l’histoire s’ajoutent les espoirs et la confiance de l’avenir et du cœur./.

publié le 20/03/2006

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