Paris – Climat 2015 : Discours de Matthias Fekl au « Forum Finance Climat dans les pays en développement » [vi]

A l’occasion du « Forum Finance Climat dans les pays en développement » le 31 Mars 2015, Matthias Fekl, secrétaire d’État chargé du commerce extérieur, de la promotion du tourisme et des Français de l’étranger, a affirmé les positions de la France concernant le dérèglement climatique et les enjeux relatifs à la tenue des négociations dans le cadre de la COP21.

Mesdames et Messieurs les Présidents et vice-Présidents,
Madame la Directrice générale de l’AFD,
Mesdames et Messieurs, Chers Amis,

D’ici exactement huit mois, la France accueillera et je présiderai la Conférence mondiale sur le climat, la COP21. L’enjeu est majeur : notre objectif est d’adopter un accord universel permettant de nous remettre sur la voie d’un réchauffement climatique à seulement deux degrés. La tâche sera complexe, car, vous le savez, la tendance actuelle est à un réchauffement de trois, voire quatre degrés.

1/ Dans ce contexte, le financement constituera un élément crucial pour l’adoption d’un accord à Paris. Tous les pays se sont engagés à présenter une contribution nationale bien avant la COP21, et cet engagement doit être tenu. Mais il est évident que plus les financements mobilisés seront significatifs, plus les pays en développement qui en manquent pourront mettre en place des politiques climatiques ambitieuses.

S’agissant du financement, nous nous fixons, vous le savez, deux objectifs majeurs. Le premier, c’est le respect de l’engagement, pris par les pays développés lors de la conférence de Copenhague en 2009, de mobiliser 100 milliards de dollars par an d’ici 2020 de financements du Nord vers le Sud. Cet engagement porte à la fois sur les flux publics et privés. D’ici Paris, les pays développés devront montrer précisément qu’ils sont en bonne voie de tenir ces engagements. Sinon, je crains qu’il ne puisse y avoir d’accord.

Le second objectif, c’est une réorientation du système financier international pour mieux prendre en compte le risque climatique. Dans ce domaine aussi, les États disposent de leviers, à travers les réglementations nationales et les standards internationaux.

Votre réunion a permis des progrès par rapport à ces deux objectifs, et plus particulièrement sur le premier. Merci pour ce travail et votre présence. Vous êtes, m’a-t-on dit, proches d’un accord sur la méthode de comptabilisation des financements pour le climat en matière de réduction des émissions. C’est très important. Il faudra aussi y parvenir pour l’adaptation, car nous devons montrer que nous prenons en compte cet enjeu dans les projets que nous finançons. Aujourd’hui, aucun investisseur ne peut - ou ne devrait - financer des projets qui ne prendraient pas en compte les impacts du dérèglement climatique.

2/ Ces résultats sont donc positifs, mais le travail est loin d’être terminé et je compte sur votre mobilisation entière en vue de la COP21. À cet égard, le premier message que je veux adresser est le suivant : aidez-nous à établir la transparence et la confiance sur les 100 milliards. C’est la condition d’une vision partagée concernant les financements actuellement disponibles, en particulier des flux du Nord vers le Sud. Aujourd’hui, les estimations des Nations unies sur ces flux vont de 40 à 175 milliards par an, selon ce qui est comptabilisé en public et en privé. Ces fourchettes sont trop larges pour créer de la confiance. C’est pourquoi vos travaux sur la comptabilisation des financements sont si importants. Vous êtes les mieux placés pour accomplir ce travail, car vous avez l’expertise et la légitimité - vous regroupez des institutions du Nord comme du Sud. J’ajoute qu’il est essentiel que votre travail sur l’adaptation soit achevé le plus tôt possible, c’est-à-dire en tous cas avant la conférence très importante des Nations Unies sur le financement du développement, qui aura lieu à Addis Abeba en juillet.

Ma deuxième demande est que vous vous fixiez des objectifs quantitatifs de financements pour le climat pour 2020. Le respect de l’engagement des 100 milliards de dollars passe en effet en partie par une meilleure prise en compte des enjeux climatiques dans l’aide publique au développement, bilatérale et multilatérale. C’est ce qui ressort notamment des discussions en cours sur les nouveaux objectifs de développement durable, qui seront adoptés à l’ONU en septembre prochain. Ces discussions convergent vers une intégration de l’enjeu climatique dans toutes les stratégies sectorielles de développement : l’énergie, l’agriculture, le transport.

Bien sûr, les banques de développement des pays développés doivent montrer la voie. C’est pourquoi la France a pour sa part fixé des objectifs quantitatifs à l’Agence française de développement. J’espère que d’autres pays feront de même. Mais cela concerne aussi évidemment la Banque mondiale et les banques régionales de développement, dont une partie majeure du capital provient des pays développés. Le rôle de vos institutions est d’autant plus important que vous êtes non seulement des investisseurs de référence dans les pays en développement, mais aussi des conseillers privilégiés des gouvernements pour la mise en place de stratégies sectorielles favorables au climat.

En définitive, Mesdames et Messieurs, le succès de la conférence de Paris dépendra aussi largement de l’apport de financements publics additionnels, pour combler l’écart éventuel par rapport à l’objectif des 100 milliards de dollars. Cette décision ne pourra être prise que sur le fondement d’un diagnostic clair sur ce qui existe et sur ce qui est déjà prévu.

3/ D’ici la COP21, nous aurons plusieurs étapes importantes, notamment une réunion ministérielle à Washington du G20 - qui doit se saisir plus fortement encore de ces questions -, une conférence sur les financements privés pour le climat le 22 mai à Paris, le sommet du G7 début juin en Allemagne et la conférence d’Addis-Abeba en juillet.

Le Pérou et la France, c’est-à-dire les présidences de la COP20 et de la COP21, organiseront en octobre prochain à Lima, en marge des assemblées annuelles du FMI et de la Banque mondiale, une réunion ministérielle dont l’objectif sera de finaliser un paquet financier pour la COP21. Nous appelons tous ceux qui portent des initiatives dans ce domaine - beaucoup sont dans cette salle - à être présents à Lima pour faire converger l’ensemble de nos travaux.

Au-delà des chiffres, je suis convaincu que l’issue de la COP21 dépendra pour une large part de la confiance que nous aurons su créer et des mesures concrètes qui pourront être annoncées d’ici là. Pas seulement pour l’après 2020 mais dès maintenant. Les attentes des pays les plus vulnérables sont fortes, qu’il s’agisse des systèmes d’alerte pour les catastrophes naturelles, de l’amplification de notre soutien à des projets d’accès aux énergies renouvelables, d’un usage plus actif des garanties, ou d’autres mesures. Sur tous ces sujets, des actions visibles sont indispensables. Je compte sur votre appui et vos initiatives, à toutes et à tous, pour aider à construire cette « Alliance de Paris pour le climat », qui sera d’autant plus convaincante qu’elle sera concrète. Vous avez un rôle fondamental pour cet enjeu fondamental. Je vous remercie chaleureusement de toutes vos actions en ce sens...

publié le 22/05/2015

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